17 janv. 2018

Lignes de Suzy Lee. Les grandes personnes, 2017.

C'est l'histoire d'un coup de crayon. 
Un coup de crayon qui permet à une fillette en patins de prendre vie sur la glace immaculée. 
Elle tourbillonne, elle virevolte, elle enchaîne les figures... 
Bonnet rouge vissé sur la tête, nez au vent, sous la pointe du crayon de l'illustratrice, elle dessine des courbes, elle glisse avec virtuosité, elle danse une véritable  chorégraphie ... et on sent la maîtrise dans chacun de ses mouvements.
Mais, un enchaînement un peu moins assuré, une prise de vitesse inappropriée et patatras ! la perte d'équilibre est là !

Mais ce n'est pas de cette histoire là que veut l'illustratrice, alors elle froisse son papier, sort sa gomme et son crayon pour réinventer une histoire plus appropriée.

Intelligence des points de vue, de la mise en perspective, cet album sans texte se lit et s'écrit directement sous nos yeux. 
Enchantement poétique, pureté des lignes, efficacité dans la simplicité... on aime dans cet album son intelligence et son intensité.

Un véritable petit bijou immaculé !


Retrouvez l'avis 
de ma copinaute Chlop

14 janv. 2018

Star Trip d'Eric Senabre. Didier Jeunesse, 2017

Imaginez-vous plonger dans l'Idaho en 1968, être fan d'une série SF et tout un coup partir dans un road trip  à bord d'une  fausse navette spatiale en compagnie d'un héros intergalactique...
Le résumé est un peu succinct, certes, mais il montre toutefois l'état d'esprit un peu déjanté dans lequel il faut être pour apprécier cette fiction aux frontières avec le réel.

Quand je vous aurais dit que durant cette folle aventure vous croiserez les personnages les plus fous qu'il soit ; un acteur-looser, un gérant de motel en perdition, un indien chaman, un révérend insistant, un shérif angoissé... vous comprendrez que vous avez entre les mains une histoire surréaliste, incroyable, tout en étant quelque fois prévisible.

Je n'en dirais pas plus car tout s'envisage, qu'il faut gagner à aller de surprise en surprise, à découvrir ces personnages fortement attachants et plein de caractère, ... et pourtant je ne suis pas complètement entrée en "gravitation" avec cette histoire un peu vintage et hors du commun.

Si ce n'est cette fine ribambelle de personnages bien trempés qui porte à elle seule tout l'intérêt du roman, l'intrigue n'est pas palpitante et il faut creuser pour qualifier cette histoire de roman initiatique, tellement tout cela reste improbable.

Reconnaissons tout de même à ce livre d'être un véritable OVNI  dans le milieu éditorial jeunesse ! Et ça, ça fait du bien !

Alice qui n'a pas décollé avec cette mise en orbite ...

11 janv. 2018

Inséparables de Sarah Crossan. Rageot, 2017

Grace et Tippi sont deux soeurs inséparables. 
Inséparables, tout simplement car elles sont siamoises, rattachées par la hanche. 
Sont-elles un ? Sont-elles deux ? 
Par la voix de Grace, elles essayent de nous faire partager leur quotidien en gardant confiance et humour. Elles s’accommodent de leur mode de vie qui est le seul qu'elles aient connu. Elles ont appris à vivre avec, à s'écouter et  à partager.
Elles ont pourtant certaines certitudes: elles ne connaîtront jamais l'amour, elles ne veulent pas être séparées et elles ne veulent pas être médiatisées comme un monstre de foire.

Alors que la rentrée approche, elle s'apprêtent à faire le grand plongeon et à passer la porte pour la première fois d'un établissement scolaire, entourées d'ados "lambda". 

Comme un journal intime, nous partageons 8 mois de la vie des ces siamoises à la fois étonnantes et fascinantes.
Le sujet interpelle forcément ! Et il est ici plutôt traité de manière soignée et respectueuse.
Mais  la forme de l'ouvrage n'est pas des moindres et l'écriture en vers valorise fortement ce texte : un rythme assez lent s'impose à nous et nous transporte jusqu'à une fin bouleversante. 

Un livre finalement assez étonnant de délicatesse qui nous parle d'une très belle histoire d'amour fraternel mais qui reste pour moi très embelli par la forme d'écriture.

Alice, qui vous invite à vous faire votre propre avis ...


7 janv. 2018

Un détective très très très spécial de Romain Puertolas. La joie de lire, 2017

Ce qui se passe dans la tête de Gaspard n'est pas toujours très simple. Il faut suivre ses associations d'idées, ses préoccupations, l'importance qu'il donne aux détails...
Car Gaspard est une de ces personnes à part qui nous déstabilise un  peu : Gaspard est trisomique. 

Mais cela ne l'empêche pas de travailler ! Il cumule d'ailleurs deux petits jobs : vendeur de souvenirs parisiens le matin et "nez" pour tester des déodorants l'après-midi. Mais cette vie bien réglée va s'arrêter brutalement alors qu'il va perdre ses deux patrons dans le même accident d'avion.

Bizarre me direz-vous ... oui mais pas aussi bizarre que tout ce qui se passe dans la tête de Gaspard. Alors on se laisse porter par la suite de ses aventures qui vont amener Gaspard dans un centre d'éducation en tant que détective.

C'est un drôle de héros, ce Gaspard ! Toujours optimiste, jamais abattu, d'une curiosité sans fin avec toujours un petit regard caustique sur ce qui l'entoure... il en devient attachant.
Que dire de la chute finale ? Elle est renversante et en surprendra plus d'un !

A votre tour, je vous propose de vous laisser embarquer dans cette lecture qui s'apprécie comme un joli petit moment de bonheur  !

(Edité en Jeunesse, je me demande ce qu'en penseront nos ados ... si vous avez des retours, je suis preneuse !!!)

5 janv. 2018

Une fille de ... de Jo Witek. Actes Sud, 2017



Dans l’univers brutal des trottoirs, Hanna est la fille d’une prostituée.

A 15 ans, elle lutte contre la violence, les ragots et la honte. 


Cette honte qui ne la quitte plus depuis que toute petite elle a compris ce que faisait sa mère pour payer le loyer.

Cette honte qui l’empêche d’assumer ce métier difficile à avouer.

Cette honte qui l’empêche de s’unir aux autres et d’avoir des amitiés durables.



Aujourd’hui, elle s’ouvre à nous comme pour mieux accepter la réalité de  sa vie familiale, comme pour s’obliger à ne plus la fuir, comme pour accepter irrémédiablement qu’elle est la fille d’un client parmi tant d’autres.


Elle a longtemps chaussé ses baskets et enfilé les kilomètres pour  se changer les idées mais aujourd’hui,  elle a décidé de dire la vérité. 


Son monologue nous plonge magistralement dans la tête d’une gamine qui a grandi trop vite mais aussi dans le parcours chaotique de sa mère, prostituée, et de l’amour indéfectible qui les unit. 


C’est fort, c’est beau, cela va bien au-delà de tous les clichés, c’est à la fois douloureux et courageux.

Un texte vibrant qui se lit d’un seul tenant.

Bravo.

3 janv. 2018

Loupé de Christian Voltz. Le Rouergue, 2017

Il y a des histoires qui se passent de texte tellement les illustrations se suffisent à elles seules !

Loupé, c'est le choc de deux générations : il ya le petit vieux sagement assis sur son banc qui attend tranquillement le bus ; et puis il y a le jeune, épaules voûtées, casque sur les oreilles qui souffle à l'idée de patienter 20 minutes en attendant l'arrivée du fameux bus. 
Il sort alors son téléphone portable, agite ses doigts sur des jeux en réseau, envoie des SMS pour ne rien dire, n'oublie pas de faire un selfie, de le partager illico presto sur les réseaux sociaux, de s'empresser de regarder les notifications qui arrivent, de rebrancher son casque sur ses oreilles ... pendant que le petit vieux et son sourire en coin semble toujours impassible.

Et puis voilà que le bus arrive et que le jeune a bien peur d'avoir loupé quelque chose ....

Quel beau grand écart entre l'esprit contemplatif et la sagesse de l'un et les oeillères et la consommation immédiate de l'autre ! 
C'est plutôt bien vu et forcément cela nous renvoie à nos propres pratiques !

La chute est impeccable et comme toujours avec Christian Voltz, cela fourmille de détails perceptibles et appréciables à la deuxième lecture ! 
J'adooore !


Retrouvez l'avis de 
mes copinautes Pépita et Chlopitille

31 déc. 2017

Dans la forêt de Okkaido d'Eric Pessan. EDL, 2017

Entrer dans la forêt de Okkaido, c'est accepter d'osciller entre rêve et réalité.

Julie est allongée sur son lit, sérieusement malade, fiévreuse et comme envoûtée par un rêve qui n'arrête pas de se poursuivre chaque fois qu'elle se rendort. Dans ce rêve, Julie porte secours à un jeune japonais qui a était abandonné par ses parents à  la lisière de la forêt. 
Bien  plus que d'être à ses côtés, Julie se confond complètement avec lui : ses délires, ses rechutes, ses pics de fièvre ... coïncident parfaitement avec la déshydratation, le froid, la peur... du jeune japonais. 
"Nous sommes deux dans un seul corps", pense-t-elle, tandis que ses parents s'inquiètent de la voir si faible.
Julie comprend alors très vite qu'elle doit accomplir une mission essentielle, celle de le garder en vie coûte que coûte avant l'arrivée des  secours.

Sous la plume d'Eric Pessan il se dégage un charme indéfinissable autour de ce roman qui prend toute sa puissance lorsqu'on apprend, la dernière page tournée, qu'il est inspiré d'un véritable fait divers. On revit alors avec intensité toutes les émotions, tous les liens qui se construisent en totale symbiose entre ces deux ados.

Un texte vraiment vertigineux qui ressemble à un véritable appel au secours face à une humanité un peu dingue, qui oublie parfois de dévoiler toutes ses subtilités.

Alice qui croit aux anges gardiens et au pouvoir des rêves...


Mes autres chroniques de cet auteur ici.
Retrouvez aussi  l'avis de ma copinaute Pepita


28 déc. 2017

Uppercut d'Ahmed Kalouaz. Rouergue, 2017


Quand on est enfant métisse, né d’un père sénégalais et d’une mère bretonne, on est habitué à lutter contre les remarques  pernicieuses, les  blagues malveillantes et les insultes racistes. 


Cet enfant là, c'est Erwan et lui, il se bat dans le vrai sens du terme, un peu de boxe certes mais aussi une violence à fleur de peau et pas mal de vrais coups.

Pour calmer son impulsivité  et ses réactions, il est alors envoyé dans un pensionnat pour garçons difficiles. Mais après une nouvelle énième fugue, Erwan est  prié de travailler dans un centre équestre pour seconder  le propriétaire. 
Pendant une semaine, ce duo improbable va se chercher, se juger, s’esquiver, se cadrer, se déséquilibrer, se contre-attaquer… comme sur un ring de boxe. Entre scepticisme, incompréhension, racisme et rejet, la semaine sera marquée, entre autre, par la douleur du pouvoir  des mots et des idées reçues.

Mais parce que rien n’est jamais irréversible leurs routes finiront par se rejoindre pour trouver l’apaisement dans le respect.



Comme a son habitude Ahmed Kalouaz  et son écriture douce et poétique, nous offrent une fiction toute en nuance sur l’apprentissage et la tolérance. 
On sait que la colère gronde mais rien ne viendra la nourrir, pour avoir la fierté de sortir de l’impasse la tête haute.


26 déc. 2017

Le jour de l'âge de Raison de Didier Lévy et Thomas Bass. Sarbacane, 2017



Il est un petit peu angoissé Georges : dans 7 jours c’est son anniversaire.

Il aura 7 ans et on lui a dit que c’était l’âge de raison.

Il a peur Georges, peur  de cet âge de raison. 


Qu’est-ce que cela signifie ? Aura-t-il toujours le droit de jouer aux petites voitures ? Deviendra-t-il raisonnable du coup ? Des rides vont-elles commencer à apparaître sur son visage ? A quoi ressemblera-t- il plus tard ?

Chaque jour qui le rapproche un peu plus de la date fatidique fait monter en Georges une angoisse immaîtrisable.

Il a peur Georges, peur de grandir. Il aimerait bien revenir un petit peu en arrière…

Alors le jour J arrive et le compte à rebours  peut commencer …. Et s’il ne se passait rien finalement  ?



Il est plutôt attendrissant Georges ! A la fois inquiet et interrogatif, il nous embarque sans soucis dans son grand questionnement.  Les auteurs arrivent à croquer, avec rythme et douceur à la fois, cette petite inquiétude mais aussi la notion du temps qui passe et l’appartenance à une famille. Les mots sont simples et efficaces, l’illustration joue  sur les couleurs pleines et les crayonnés comme pour donner vie à ce petit bonhomme.



Une histoire quasi philosophique, malicieuse et rassurante.


Alice, qui le trouve craquant ce petit rouquin...

Retrouvez l’avis de mes copinautes 

25 déc. 2017

Swap d'anniversaire ! #11

Pour moi qui suis née tout juste 7 jours avant le petit Jésus (à quelques années d'intervalle, certes !), entre anniversaire et Noël, à chaque fin d'année, je suis bien gâtée !
Et comme A l'ombre du grand arbre nous aimons prendre soin les unes des autres, nous aimons partager nos lectures, nous aimons aussi bien offrir que recevoir... il est des traditions qui ne se perdent pas et le swap-anniversaire n'y échappe pas !


A l'heure où les vacances avaient sonné, c'est un colis qui m'a embarqué à l'autre bout du monde que j'ai trouvé dans ma boîte aux lettres ! Il suffisait de l'ouvrir pour être transporté au pays du soleil levant ... Whaououououh ! 

De l'esthétique dans l'art d'empaqueter .....

L'ouverture minutieuse, délicate, ... pour ne rien abîmer, tout garder, en profiter ... s'est faite attendre, tant je me suis délectée de la qualité de ces paquets. 


Sous mes yeux émerveillés...
Tout un univers prêt à me faire voyager ! 

De l'art japonais, un lapin tout droit échappé du pays des merveilles, des romans prêts à m'enthousiasmer, une tasse à remplir de thé, des pages à écrire et griffonner  ...il y a dans ce choix tant de promesses à venir !






Merci Céline
c'était vraiment un colis très élégant et très inspiré !